La langue serbo-croate et ses dialectes

Histoire

Le serbo-croate est une des langues slaves du sud ; avec le slovène, il en forme le sous-groupe occidental, cependant que le sous-groupe oriental comprend le bulgare et le macédonien. C’est la langue de la majorité des « ex-Yougoslaves » : sur 20 000 000, plus de 15 000 000 parlent le serbo-croate. A part l’extrême nord-ouest où l’on parle le slovène et à l’extrême sud où l’on parle le macédonien.

Le terme de serbo-croate a été forgé par les grammairiens : Au XIXème siècle encore, on disait la langue serbe ou langue croate, la grande majorité des sujets parlant cette langue étant Serbes ou Croates.

Le serbo-croate comprend trois dialectes (dijalekti) que l’on désigne d’après les trois formes respectives du pronom relatif-interrogatif « que » (sta ou sto, kaj et ca) : le stokavien (stokavski), le kajkavien (kajkavski) et le cakavien (cakavski). C’est le dialecte stokavien qui est à la base de la langue littéraire. Le kajkavien et le cakavien occupaient primitivement presque la moitié du territoire serbo-croate, à l’ouest ; mais dès le XIVème siècle, sous la poussée turque, les migrations des populations stokaviennes du sud et du centre réduisirent le territoire kajkavien au nord-ouest de la Croatie, autour de Zagreb, et le territoire cakavien à une partie du littoral et aux iles. Ces deux dialectes ont connu chacun une fortune littéraire : le cakavien en Istrie, sur le littoral croate et en Dalmatie, du XIV au XVIIème siècle, et le kajkavien dans le nord de la Croatie, à l’époque de la Réforme et jusqu’au début du XIXème siècle. Puis ils sont retombés au rang de patois.

A part ces dialectes on distingue trois parlers (govori) : l’ékavien (ekavski), le jékavien (jekavski) et l’ikavien (ikavski), ceci vient de la transformation du « jat » qui a donné e en ékavien, je ou ije en jékavien et ikavien. Exemple mleko, mlijeko et mliko. Seuls l’ékavien et le jékavien sont considérés comme des parlers littéraires.

Les kajkaviens sont ékaviens, la plupart des cakaviens sont ikaviens et le territoire stokavien est principalement partagé entre l’ékavien, à l’est, et le jékavien au sud et à l’ouest. En même temps que le dialecte stokavien, c’est pour parler jékavien qui s’est répandu par les migrations, surtout à partir de l’Herzégovine, vers l’ouest et le nord. Actuellement, la Serbie, avec la Voïvodine, au nord, est ékavienne, sauf une petite partie occidentale, près de la rivière Drina qui est jékavienne. Tout le reste du territoire stokavien est jékavien, c'est-à-dire le Monténégro, la Bosnie et l’Herzégovine, et la Croatie.

Bien que Zagreb, le centre culturel et politique des Croates, soit au centre du territoire kajkavien, les Croates ont adopté le stokavien comme langue littéraire, à cause du prestige de la littérature stokavienne de Dubrovnik, qui s’épanouit à l’époque de la Renaissance et continua jusqu’au XVIIIème siècle, et grâce surtout à l’action de Ljudevit Gaj (1809-1872), le chef du mouvement unitaire, l’ «illyrisme » qui depuis 1836 publiait les journaux Novine et Danica en dialecte stokavien.

Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle et au début du XIXème les Serbes, tous stokaviens, abandonnèrent tour à tour comme langue littéraire, d’abord le slave d’Eglise (qui était du slavon serbe), puis le « slavon serbe » (qui était du slavon russe serbisé), au profit de la langue populaire. Le prestige de celle-ci a été assuré par la publication de la riche littérature populaire, recueillie par Vuk Karadzic (1787-1864). Parmi ses recueils, il faut signaler surtout ceux des poèmes héroïques, parus de 1823 à 1833. Ce grand réformateur de la langue littéraire avait publié la première grammaire du serbe populaire en 1814, puis son dictionnaire serbe, en 1818 ; en 1847 il publia sa traduction du Nouveau Testament. En 1850, par l’accord de Vienne entre les représentants croates et serbes, ont été formulés les principes de la langue littéraire commune qi serait le dialecte stokavien, et de l’orthographe qui serait phonétique.

Les centres culturels et politique serbes (Belgrade et Novi Sad) se trouvant dans des régions ékaviennes, et les Serbes, d’ailleurs, étant en grande majorité des ékaviens, c’est ce parler qui prévaut dans la littérature serbe. En Croatie, c’est le jékavien qui est en usage dans la littérature serbe. En Croatie, c’est le jékavien qui est en usage dans la littérature et c’est aussi le parler usuel des classes cultivées.


LES ALPHABETS CYRILLIQUE ET LATIN

En arrivant dans les Balkans, aux VIème et VIIème siècle, les Slaves du Sud n’ayant pas d’écriture. Convertis au christianisme par des prêtres relevant de Byzance ou de Rome, ils écrivent pendant longtemps en caractère grecs et latins. Le premier alphabet slave, le glagolitique, fut créé au IX siècle par St Cyrille. Les saints frères, Cyrille et Méthodes, traduisirent les livres saints en ancien macédonien du sud. Cette langue, sous le nom de vieux slave d’Eglise, fut pendant des siècles la langue littéraire de tous les Slaves orthodoxes. Les Serbes et les Croates adoptèrent la glagolite. Mais cet alphabet fut remplacé en Serbie vers la fin du XIème siècle, par le cyrillique, formée en Bulgarie, partir de l’onciale grecque. En Croatie, la glagolite prédomina jusqu’à la fin du XVème siècle, époque où les Croates abandonnèrent les deux alphabets slaves au profit de l’alphabet latin.

Actuellement, la cyrillique reste l’alphabet usuel en Serbie, au Monténégro et en partie en Bosnie, bien qu’on y publie aussi des livres imprimés en caractères latins. Ce dernier alphabet est le seul en usage Croatie, et il tend à prévaloir aussi en Bosnie et en Herzégovine.


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