Pour notre deuxième interview,
nous avons choisi une personnalité de l'Eglise,
Père Slavisa, qui a beaucoup aidé l'association
All4yu, notamment en prêtant la salle de l'Eglise
pour une réunion.
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Père Slavisa
a quitté Chicago en 2001 pour rejoindre Paris.
Il compte parfaire son français pour poursuivre
des études supérieures et préparer
une thèse sur Saint-Cyril de Jérusalem,
un saint homme du IVème siècle.
Nous espérons que cet
interview vous donnera autant de plaisir que nous
en avons eu pour l'écrire. |
Dans un premier temps, pourriez-vous
nous présenter brièvement l’Eglise
Saint-Sava et nous dire quelles sont les horaires pendant
lesquelles les pratiquants peuvent venir s’y recueillir
?
L’Eglise Saint-Sava existe depuis
presque 50 ans. Son histoire et sa vie ont connu des périodes
difficiles mais le travail et la vie de l’Eglise
n’ont jamais été interrompus. L’Eglise
est ouverte tous les jours à partir de 9h lorsque
nous officions la messe du matin. Après la pause
(de 13h30 à 16h) nous officions la messe du soir
à 18h et les lieux ferment leur porte à
19h. La lithurgie du Dimanche ou des jours de fête
est donné à 10h.
Quel a été votre
parcours et comment êtes-vous arrivé à
Paris ?
Ma scolarité ainsi que ma formation
en théologie à débuté à
Sremski Karlovci où j’ai passé cinq
ans à l’Académie de théologie
de Saint-Arsène de Srem (Bogoslovija Svetoga Arsenija
Sremca), qui est l’une de nos plus anciennes institutions
ayant plus de deux siècles de traditon derrière
elle. Par la suite, j’ai étudié à
la faculté de théologie de Saint-Sava à
Libertyville, près de Chicago que j’ai quitté
en 2001. L’Institut Orthodoxe Saint-Serge dont la
paroisse se trouve dans le XIXème arrondissement
et qui a célébré, il y a quelques
jours, le 80ème anniversaire de sa fondation a
notamment motivé mon souhait de venir m’installer
à Paris. Avant tout je souhaite parfaire mon français
pour pouvoir poursuivre des études supérieures
et préparer ma thèse sur Saint-Cyril de
Jérusalem, un saint homme du IVème siècle.
Avez-vous le sentiment que les
gens de la diaspora reviennent à l’Eglise
et se sont rapprochés de la foi orthodoxe ?
Beaucoup effectivement reviennent, en
particulier les plus jeunes qui s’intéressent
de plus en plus aux interrogations métaphysiques
existentielles, en d’autres termes s’interogent
sur les questions de la foi et de la vie chrétienne.
Fondamentalement, de plus en plus de gens souhaitent se
consacrer à une vie plus spirituelle et se rapprocher
de l’Eglise même si parfois elles amènent
avec elles certains éléments qui n’appartiennent
pas à la tradition orthodoxe de la vie et de la
croyance.
Pensez-vous qu’il existe
une crise spirituelle propre à la diaspora qui
va avant tout à l’Eglise pour respecter une
certaine tradition que par religiosité ?
Aujourd’hui cette crise spirituelle
ébranle le monde entier et tout particulierement
l’esprit Européen dans sa manière
de vivre dont l’origine est essentiellement fondée
sur la culture héllenique et la foi chrétienne.
La tradition a cet avantage de pouvoir transmettre à
un peuple tous les principes qu’il a su acquérir
au cours de son histoire et tout ce qui fait ça
façon de vivre dans le respect de l’enseignement
de l'évangile. Il est remarquable de constater
que beaucoup de nos concitoyens se rendent à l’Eglise
sans pouvoir réellement l’expliquer et justifient
leur acte par les questions qu’ils se posent sur
le sens à donner à l’existence de
Dieu, la vie éternelle et la communion avec les
autres.
Hormis les Serbes, y-a-t-il d’autres
nationalités qui viennent dans notre Eglise?
L’Eglise est au dessus des nations
et elle est considérée comme telle par les
Serbes. Dans notre paroisse viennent des Géorgiens;
nous avons quelques Français ainsi qu’un
Africain orthodoxe
La Messe, qui était officiée
autrefois en vieux slave, l’est aujourd’hui
en serbe. Est-ce mieux ou non ?
Dans la tradition orthodoxe, nous parlons
avant tout de Sainte Lithurgie. L’Eglise représente
la communauté dans le Christ, fils de Dieu, et
l'ensemble du peuple de Dieu et la Sainte Lithurgie (du
grec, œuvre du peuple) est valable pour tous les
peuples, l’œuvre commune de Dieu dans le Christ
se matérialise par l’Eglise de Dieu ou se
rassemble le peuple autour de l’évêque,
l’image incarnée du Christ sur terre. Concernant
l’utilisation du vieux slave, du serbe ou du français,
celà dépend surtout des personnes venant
à l’Eglise et les lithurgies se déroulent
dans la langue qui sera la plus compréhensible
pour tous. Notre peuple comprenait, il y a encore peu,
le vieux slave car il vivait en communion avec l’Eglise
et notre esprit serbe est habitué à cette
langue. La traduction des saintes écritures est
inexorable mais represente un travail sérieux et
d’une grande ampleur. Il s’agit, en effet,
d’effectuer cette traduction dans le respect des
connaissances théologiques ainsi que de la rytmique
des chants religieux.
De grands travaux ainsi que la
rénovation de l’Eglise sont en cours. L’Eglise
a-t-elle besoin d’aide ?
Les gros oeuvres sont achevés
et ont reçu l’agrément des autorités
locales compétentes. Un nouveau projet est en cours
de réalisation, il s’agit des fresques. Pour
ce qui est des dons, ils sont toujours les bienvenus car
notre paroisse est écartelée de tous côtés
et durant les travaux, quelques actions humanitaires sont
àsouligner (en language chrétien : des actes
charitables). Les travaux sont en partie terminés
grâce, notamment, à l'héritage légué
par un Serbe à l’Eglise et au peuple serbe
: que sa mémoire soit eternelle devant notre Seigneur.
Une nouvelle et belle salle a
été aménagée sous l’Eglise.
Quel sera son usage ?
La vie de l’Eglise continue même
après les saintes lithurgies et les grandes fêtes
: elle a justement cette utilité à l’image
de l’antique Eglise, des soirées sur le thème
de l’amour et de la fraternité étaient
organisées lorsque chacun apportait ce qu’il
pouvait et que tout était partagé. Les activités
culturo-spirituelles présentent également
une grande importance (enseignements, expositions et toutes
autres actions allant dans ce sens). Différentes
manifestations, comme des cours de catéchisme,
sont en projet.
Il existe depuis quelques années
un monastère serbe dans les Vosges. Qui a été
l’initiateur de cette action et pourquoi il était
important ?
Les monastères sont les gardiens
de la vie authentique et, comme tels, ils nous sont indispensables.
L’initiative est venue de l’évêque
Luka. La Mère supérieure du monastère
Jelena est Mexicaine et les autres sœurs sont originaires
d’Amérique Latine. Certaines d’entre
elles parlent à peu près bien le serbe,
quoique le serbe n’est pas nécessaire pour
la rédemption. Je plaisante, bien sûr.
Existe-t-il d’autres églises
orthodoxes en France et avez-vous des contacts avec celles-ci
?
Il en existe bien sûr, les Serbes
ne sont pas le seul peuple qui est honoré et ayant
l’obligation de témoigner de la vraie foi
chrétienne orthodoxe. Il se déroule ici
des conseils permanents de tous les évêchés
orthodoxes, qui vivent en union canonique. Tous les orthodoxes
se rassemblent tous les ans, au cours du Dimanche de l’Orthodoxie
à l’Eglise grecque près de l’Etoile.
Qu’en est-il de l’église
à Montgeron ? Pensez vous qu’une deuxième
église est suceptible d’être édifiée
à Paris ou en banlieue, au regard notamment du
nombre de plus en plus important de fidèles qui
affluent ?
En ce qui concerne l’église
à Montgeron, nous n’avons pas, à notre
plus grand regret, pu la garder malgré toute notre
bonne volonté et nos différentes interventions.
Le besoin d’une nouvelle ou de nouvelles églises
est criant, malheureusement ce n’est pas aussi facile.
Vous êtes conscient des difficultés auxquelles
nous devons faire face pour obtenir un emplacement adequat,
quoique je serais tout à fait prêt à
servir l’office dans un garage sur la place de la
République pour que la vie de l’Eglise s’agrandisse.
Entretenez-vous des liens avec
les autres communautés religieuses ?
Ces contacts existent à différents
niveaux. Il y a quelques semaines, notre évêque
Luka s’est rendu à Lyon au rassemblement
de tous les responsables religieux, événement
qui a été repris par les médias.
En ce qui concerne la paroisse Saint-Sava, nous gardons
de très bons liens avec les catholiques de Notre
Dame de Bon Conseil avec qui, fut un temps, nous jouions
au football. Les matches ont cessé parce qu’ils
ne ressentaient aucune émotion ni en cas de victoire
ni en cas de défaite ... je plaisante (sourire).
Avez-vous des contacts avec nos
églises à travers le monde ?
Notre diocèse regroupe la Belgique,
le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Espagne et la France
et avec toutes ces paroisses qui se trouvent dans cet
ensemble, nous avons des contacts proches et des réunions
annuelles. Les orthodoxes catalans nous réjouissent
particulièrement : ils font partie de notre diocèse
ouest-européen et ont une dizaine d’églises
en Espagne et un institut orthodoxe.
Existe-t-il la possibilité
que le Patriarche Pavle rende visite aux différentes
églises dans la diaspora ainsi qu’à
la nôtre à Paris ?
Le Patriarche Paul rend visite à
nos églises à travers le monde ; à
ma connaissance, il est venu à Paris il y a 6 ans.
Quel est la position de l’Eglise
orthodoxe en ce qui concerne le souhait du Vatican de
rassembler les Eglises catholique et orthodoxe et dans
un proche avenir se réunifier?
La position de chaque orthodoxe, chrétien,
est l’unité de toutes les églises
et nous devons espérer celà. De tout temps
et en tout lieu de grands hommes ont souhaité résoudre
de grandes œuvres mais en ont été empechés
par tous ceux qui ne les ont pas compris. Au sein de l’église
catholique, il existe de bons théologues qui reconnaissent
aux orthodoxes le fait qu’ils ont su garder l’authenticité
de la croyance Chrétienne, la lithurgie et la vie,
mais encore une fois les intentions des uns et des autres
sont marquées par l'incompréhension, et
les grandes fissures de l’histoire rendent l’œuvre
plus difficiles.
Comment est organisée
l’aide humanitaire au sein l’Eglise ? De quelle
façon peut-on aider et à qui est elle destinée
?
Il existe deux groupes : l’une
organisée par l’évêché
et l’autre par le Cercle des Sœurs Serbes (Kolo
Srpskih Sestara). La paroisse Saint-Sava agit indépendamment
et participe aux deux actions. L’aide en médicaments
et vêtements, à notre plus grand regret,
ne peut être acheminé faute de moyen logistique
aussi bien au niveau du transport qu’au niveau humain
sur place. Actuellement, l’aide est essentiellement
envoyée aux Serbes du Kosovo et de la Métochie.
En dehors des grandes fêtes,
est-ce que les fidèles viennent régulièrement
et dans quelle proportion viennent les jeunes, les plus
agés ?
Nous avons en moyenne deux cent personnes
fidèles aux lithurgies du dimanche. Il arrive parfois
que ce chiffre soit multiplié par trois voire plus
si nous prenons en compte ceux qui viennent seulement
allumer un cierge ou se recueillir devant les icones.
Concrétement toutes les générations
sont reptrésentées.
Quels sont les actions entreprises
par notre Eglise pour la diaspora serbe concrètement,
existe-t-il des cours de catéchismes ou des initiations
à la religion orthodoxe ?
Je ne parlerai qu’au nom de la
paroisse de Saint-Sava : en son sein, fonctionne un cours
complémentaire où nous enseignons le catéchisme
aux plus petits une demi-heure durant chaque semaine.
Pour le baptême d’adultes, nous effectuons
obligatoirement des préparations, comme pour les
mariages; ce sont de courtes instructions sur la foi et
la signification des Saintes écritures. Il existe
aussi des cours de catéchisme pour les jeunes,
mais le créneau exact varie souvent en fonction
du groupe.
De quelles façons les
jeunes peuvent-ils participer à la vie quotidienne
de l’Eglise, et de quelles manières peuvent-ils
obtenir les réponses à leurs interrogations
? Existe-t-il des associations liées à l’Eglise
Saint-Sava ?
L’activité de l’Eglise
est relativement étendue et ne concerne pas uniquement
les messes auxquelles nous donnons le plus d’importance
avec la participation de notre chorale et le service de
l'autel, etc… Au dela des aspects culturo-religieux,
une grande partie de l’activité est consacrée
aux bénévolat et aides de natures variée
et le nombre important de personnes de bonne volonté
contribue à maintenir cet esprit créatif
auquel est attaché notre Eglise . Nous avons reçu,
il y a quelques jours, un appel d’un actif qui nous
affirme avoir pris en charge une dame agée de nationalité
Serbe vivant seule et ne parlant pas français…
Quelle est la position de l’Eglise
orthodoxe sur les sujets de l’avortement et de la
contraception ?
C’est le même depuis 20
siècles : « En aucun cas le mal ne doit être
évoqué parmis vous », en d’autres
termes notre action porte sur la sauvegarde et l’amélioration
de cette vie qui nous est donnée. Je n’evoquerais
pas les différents moyens existants juste appuyer
le fait que les vertus de l’abstinence dépasse
et de loin toutes autres méthodes.
Avez-vous une anecdote drôle
ou inhabituelle qui vous est arrivé durant des
baptêmes ou des mariages ?
Elles sont légions bien evidemment
mais pour éviter que certains ne se reconnaissent
dans ces anecdotes, je dirais que les plus amusantes restent
celles des enfants faisant pipi sur leur parrain. (Sourire)
Vous êtes un grand amateur
de basket-ball, comment avez-vous vécu le dernier
championnat d’Europe ?
D’une manière générale,
j’apprécie la plupart des sports collectifs.
Ce qui s’est passé au championnat d’Europe
est le reflet de ce que nous sommes. J’ai simplement
regardé la première mi-temps contre les
Français et pensant que nous avions déjà
gagné, je suis rentré chez moi. Le lendemain,
en me rendant à l’Eglise, je demandais à
un voisin de quelle différence de points nos basketteurs
avaient gagné, il m’a répondu que
: « Nous avons perdu de manière catastrophique
». Ignorant ses propos, je lui repose la question
et il me confirme ses dires. Convaincu qu’il n’était
pas en état de me répondre de manière
sérieuse, j’ai demandé, en regagnant
au bureau, au Père Nikola le résultat, il
me confirma la réponse de celui que je ne voulais
pas croire : « Catastrophe. » Je n’avais,
dès lors, plus de raisons de douter. (Sourire)
Quel message voudriez-vous adresser
aux jeunes vivant à Paris ?
Si l’homme souhaite atteindre la
Lumière éternelle de la vie, qu’il
apprenne d’abord à connaître les croyances
de ses pères, la religion dans laquelle il a été
baptisé, et si cela ne le satisfait pas et qu’il
ne parvient pas à croiser le chemin du Christ,
qu’il poursuive sa quête.
Que pensez-vous d’All4yu
?
Je respecte le travail de toute votre
équipe. Il m’est particulièrement
agréable de constater qu’All4yu garde cette
volonté de rester en dehors de toute influence
d’ordre politique parvenant ainsi à canaliser
toutes divisions. De cette manière vous représentez
l’image des qualités qui sont propres à
de notre peuple. J'exprime le voeu que votre travail puisse
servir les interêts du plus grand nombre et l’espoir
de coopérer ensemble de manière concrête
et productive.
Plus d'infos
Eglise Orthodoxe Serbe
www.egliseorthodoxeserbe.org